"La maison des vents" de Martine Salvetat, lauréate du Printemps des Poètes 2026 des Pennes Mirabeau
- Gastine Musique

- il y a 10 heures
- 2 min de lecture

Lorsque j’étais petit garçon,
Je passais l’été sans façons,
Chez mes aïeux Jeanne et René,
Près de la Méditerranée.
Il y avait à quelques pas
Une masure abandonnée ;
Dans le pays on la nommait
« la maison des vents », pourquoi pas ?
Un jour, je les ai suppliés
De bien vouloir m’accompagner
Dans ce bout d’asile mystère
Qui faisait trembler mes deux frères.
La porte n’avait pas de clef,
Nous la poussâmes, elle s’ouvrit,
Et devant mes yeux étonnés,
Se referma dans un grand bruit.
« Mon enfant, assura Grand-Mère,
C’est le Courant d’Air de service »
Grand-Père ajouta, pour lui plaire :
« C'est un stagiaire, il est novice »
Tout était clair mais en désordre,
Des chaises, des bols, des chenets,
Du bois près de la cheminée
Prêt à s’enflammer sur un ordre.
Cette nuit-là, bien imprévu,
L’orage éclata dans les nues ;
Et Jeanne dit : « Ce sont les vents
Qui sont tous rentrés en courant,
Tu entends : c’est lonla-lonlaire !
Comme on fête un anniversaire,
Les amis sont venus en nombre
Ils chantent et dansent dans l’ombre ».
Penchée sur moi, émerveillé,
Elle me dit : « Fils, imagine
Le Mistral, la Brise Marine,
Près du feu qu’ils ont réveillé ;
Bientôt arrive suffocant,
Tout chaud de l’Afrique du Nord,
Le Sirocco recouvert d’or
Qu’il balaie d’un coup en soufflant.
Invités d’un jour, un cyclone,
Une tornade empanachée,
Dans le petit local bâché
Remuent à grand bruit des bonbonnes. »
Bien sûr, le lendemain matin,
La maison était désertée ;
Un petit Vent Coulis seulet
Fermait la porte, un peu hautain,
Sa clochette avait un son creux ...
Je suis maintenant très très vieux,
Et quand le vent parfois murmure
Des mots doux comme une eau très pure,
C’est Jeanne et René qui reviennent,
Sur le souffle du Vent d’Autan
Consoler l’enfant de sa peine
Dans leurs bras comme au temps d’avant.




Commentaires