"Tu me parlais ..." de Martine Rigaud, lauréate Printemps des Poètes des Pennes Mirabeau 2026
- Gastine Musique

- 28 avr.
- 2 min de lecture

Tu me parlais de ce pays où souffle la lombarde,
de cette vallée où les hommes parlent au soleil et au vent,
de ces villages aux volets fermés bien trop souvent.
Tu me disais :
« viens écouter la voix du vent qui raconte les veillées au coin du feu,
la sueur du front, les os qui craquent, la marmite qui chauffe sur le poêle. »
Mais, moi, je n’irai jamais dans ce pays où souffle la lombarde.
Tu es parti pour toujours, tu n’as pas su continuer le chemin.
Le souffle de la tempête est devenu trop violent pour ton cœur assoiffé.
Et, tu n’es plus là pour me parler de ton pays où souffle la lombarde.
Quand le soir s’attardait et que les heures s’étiraient inutiles,
tu ouvrais ton piano et tu m’emmenais en voyage.
Je n’oublierai jamais ce prélude de Debussy « le vent dans la plaine ».
Tu me disais : « ferme les yeux et imagine».
Je voyais alors le vent qui glisse, courbe l’épi de blé, joue avec l’églantier, fait chanter le tremble.
Et, quand tu plaquais légèrement le dernier accord,
tu me regardais et tu me souriais.
Aujourd’hui, le piano s’est tu, tu es partie dans les nuages que tu aimais.
ET, plus jamais je n’ai entendu « le vent dans la plaine » de Debussy.
Les blouses blanches sont sorties. Je suis restée seule avec toi.
J’ai murmuré doucement, je ne sais pas si tu entendais ma voix qui te parlait de nous, de notre histoire.
Ma main était sur ta main.
Puis, la famille est venue autour de toi. Je me suis tue.
Ma main était toujours sur ta main.
Personne ne parlait, le murmure régulier de l’oxygène emplissait la chambre. Soudain, il y a eu le silence, un silence inconcevable, un effroyable silence.
Et, une voix a dit : « c’est fini. » Les blouses blanches sont revenues.
Aujourd’hui, dans la grande maison tu n’es plus là pour me chuchoter des mots d’amour.
Et, décembre ne finit pas de mourir dans la pluie et le vent.
Parfois, je rêve qu’un souffle m’emmène jusqu’à toi, de l’autre côté du chemin.




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