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  • Photo du rédacteurGastine Musique

L'ARBRE d'ALBÂTRE de Florence NEILLETTE, lauréate du Printemps des Poètes 2024 "Par la grâce des arbres"



Une nuit grave, la Lune sourit à demi.

Derrière le noir de l’Abysse,

Elle cache ses yeux mélancoliques.

La voilà bien malheureuse et pour cause,

Son ami l'Arbre est sur le point de mourir.


Ces deux-là, se tutoient depuis jadis

Du temps où la pluie faisait encore pousser

Aux bout de ses vigoureuses branches,

Et de belles fleurs et de gros fruits.


L’Arbre pâle n’est plus qu’un simple tronc,

Pourtant, il se rappelle avec nostalgie,

Les chatouilles des abeilles butineuses,

Les caresses des papillons multicolores,

Les nids d’oiseaux au cœur de son feuillage,

Et les insectes fourmillant dans les nervures de feu, son écorce.


« Où sont-ils donc tous passés ? demanda l’Arbre à la Lune.

La Lune chercha ses mots. En vain.

Dense et pesant fut le silence dans l’air.

L’Arbre demanda alors cette chose étrange:

« Ô gracieuse Lune, s’il te plaît, donne-moi des jambes que j’aille les chercher ».

« Mais hélas mon ami, lui répond-elle, il ne demeure plus que toi, ici. »

L’Arbre dit encore: « Ils sont peut-être tout simplement… perdus.”

“ Perdus, oui… ils sont tous perdus”, lui répondit encore la Lune.

“Alors, si je brille fort, ils reviendront vers moi. Ils me retrouveront. Pour sûr!

Ô gracieuse Lune, aide-moi. »


À ces mots, l’Arbre se raidit fier,

Il était aussi majestueux qu'hier,

Semblable à la plus élégante des statues d’albâtre!

Il oublia ses branches tombées,

Il oublia son écorce envolée,

Il oublia sa sève asséchée,

Il oublia ses racines assoiffées.

Émue, la Lune illumina son bel ami

De toute sa puissance, de toute son énergie.

L’Arbre scintillait si fort qu’il éclipsa même la nuit.


Soudain, on entendit un effroyable craquement!

Scindé en deux, l’Arbre s’était brisé

Comme si de douleurs la Vie avait hurlé

De devoir, à contrecœur, le quitter.


La Lune murmura alors ceci :

« Si Grâce, il y a jamais eu en ce monde, c’est avec toi qu’elle s’est éteinte mon ami. »


La Lune, dévastée par le chagrin, déclina.

Petit à petit, elle perdit tout éclat,

Tant et si bien, que plus aucune nuit,

Ne revit jamais son sourire ...

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